Souveraineté et ERP
IA souveraine sur ERP : les critères concrets pour une PME ou une ETI industrielle
En bref
Une IA souveraine sur ERP repose sur trois choix vérifiables : un modèle à poids ouverts que vous pouvez exécuter vous-même, une infrastructure sous droit européen (sur site ou hébergeur européen), et un accès à l'ERP en lecture seule avec traçabilité. Le reste est du marketing.
Le mot « souverain » est employé à tort et à travers. Pour un industriel qui fabrique pour la défense, l'aéronautique ou l'énergie, il a un sens précis : savoir où sont les données, qui peut y accéder, et pouvoir faire tourner le système sans dépendre d'un service extérieur susceptible d'être coupé ou soumis à une législation extraterritoriale.
Dans les ERP du segment moyen en France et en Belgique (Sage X3, Divalto, Cegid, Silog, Clipper, entre autres), les éditeurs ajoutent des assistants d'IA, souvent appuyés sur des services cloud. Ils sont pratiques, mais il faut savoir ce qui part où. Cette page donne une grille de lecture pour décider, sans dogmatisme.
Nous ne revendiquons pas de qualification particulière ; la qualification SecNumCloud, par exemple, concerne des hébergeurs précis, et c'est à vous de vérifier celle qui s'applique à votre contrat.
Ce que « souverain » doit signifier techniquement
Premier critère : le modèle. Un modèle à poids ouverts (Mistral, Qwen, Llama, Gemma, gpt-oss ou équivalent) peut être téléchargé et exécuté sur votre matériel. Vous n'êtes pas lié à l'API d'un fournisseur, ni à sa politique tarifaire, ni à son éventuelle indisponibilité. Si le modèle ne peut être exécuté que chez son éditeur, la souveraineté est limitée, quelle que soit la localisation affichée du centre de données.
Deuxième critère : l'infrastructure. Sur vos serveurs, c'est le plus simple à démontrer. Chez un hébergeur, regardez le droit applicable à la société qui l'exploite et à sa maison mère, pas seulement l'adresse du centre de données. Une filiale européenne d'un groupe non européen reste exposée à des demandes extraterritoriales.
Troisième critère : les accès. L'IA doit lire l'ERP avec un compte dédié, en lecture seule, avec journalisation, et non avec un compte d'administrateur partagé.
- Modèle à poids ouverts exécutable en local
- Serveur sur site ou hébergeur sous droit européen, maison mère comprise
- Compte ERP technique en lecture seule, périmètre de tables défini
- Journal des requêtes conservé chez vous
- Possibilité de fonctionner sans accès Internet sortant
Quel niveau de souveraineté pour quel risque
Tous les cas ne demandent pas le même niveau. Un négoce de pièces détachées dont les données sont peu sensibles peut raisonnablement utiliser un service européen managé. Un sous-traitant de rang 2 dans l'aéronautique, soumis à des clauses de confidentialité et parfois à des exigences de contrôle des exportations, a de bonnes raisons de rester sur site.
Une approche pratique consiste à classer vos données en trois catégories : publiques ou peu sensibles, commerciales confidentielles, et sensibles réglementées (plans, spécifications soumises à contrôle, données de défense). Chaque catégorie détermine où le traitement est acceptable.
Cadre juridique : RGPD, IA Act, NIS2
Le RGPD s'applique dès qu'il y a des données personnelles, ce qui est quasi systématique dans un ERP (contacts, agents commerciaux, salariés dans certains modules). Héberger le modèle dans votre périmètre réduit les transferts et le nombre de sous-traitants à documenter.
Le règlement européen sur l'IA impose surtout de la transparence pour les usages courants d'un assistant ERP. NIS2 concerne les entités essentielles et importantes, dont certains industriels, et pousse à maîtriser la chaîne d'approvisionnement numérique, ce qui plaide pour réduire le nombre de services externes. Votre juriste ou votre RSSI doit confirmer ce qui s'applique à vous.
Ce qu'une architecture souveraine donne concrètement
Avec ERPray, l'utilisateur pose une question en français, le système génère une requête, l'exécute en lecture seule sur l'ERP, et affiche la réponse avec la requête. Avec DataRay, il interroge des documents internes sur le réseau local. Le modèle tourne sur vos GPU ou dans votre cloud privé, servi par vLLM ou Ollama.
Pour les écritures (créer une commande, modifier une date), nous recommandons de ne rien automatiser sans approbation humaine. Le modèle prépare, une personne valide, l'ERP exécute avec ses propres contrôles. C'est plus lent, mais cela évite qu'une erreur de modèle devienne une erreur comptable.
Les compromis à assumer
Un modèle ouvert hébergé chez vous est généralement un peu moins performant que les plus gros modèles propriétaires sur des tâches de raisonnement complexe. Pour interroger un ERP et des documents, l'écart est le plus souvent acceptable, mais il faut le tester sur vos propres questions.
Il y a aussi un coût d'exploitation : matériel GPU, mises à jour de modèles, supervision. Pour un petit volume d'usage, un service européen managé peut être plus économique et suffisant. L'enjeu est de choisir en connaissance de cause, pas de viser le maximum de souveraineté partout.
Questions fréquentes
Un hébergeur situé en France suffit-il pour être souverain ?
Pas nécessairement. Il faut aussi regarder le droit applicable à la société qui l'exploite et à sa maison mère, ainsi que les qualifications réellement détenues pour votre contrat.
Faut-il un modèle français ?
Pas obligatoirement. Ce qui compte est qu'il soit à poids ouverts et exécutable chez vous. Un modèle français comme ceux de Mistral est une option, parmi d'autres.
Quel matériel faut-il prévoir ?
Cela dépend du modèle et du nombre d'utilisateurs simultanés. Nous fixons le dimensionnement pendant le diagnostic plutôt que de promettre un chiffre générique.
L'IA intégrée à mon ERP est-elle suffisante ?
Souvent oui pour des usages simples. Vérifiez où partent les données, quel modèle est utilisé et si vous pouvez désactiver ou borner la fonction. Une couche indépendante se justifie surtout pour des données sensibles.
Peut-on changer de modèle plus tard ?
Oui, c'est un avantage de l'architecture ouverte : le modèle est un composant remplaçable, sans refaire les connecteurs ni l'interface.
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